Je souhaite jeûner : c’est bon pour moi ?

Partiel ou complet, continu ou intermittent, le jeûne est, en France, une pratique en vogue.

Cette pratique est parfois souhaitable mais en respectant certaines règles.

Le jeûne est apparu dans les années 90 dans notre pays, il existe désormais une trentaine d’organismes proposant des stages « jeûne et randonnée ». Ces séjours qui remportent de plus en plus de succès ont environ 5000 participants par an.

Le premier témoignage du jeûne date néanmoins de l’Égypte Ancienne (13ème siècle avant Jésus-Christ).

Cette privation volontaire de nourriture accompagnée ou non par la boisson fait partie intégrante de certaines religions et est brandie comme remède miracle à de nombreux maux par certains médecins. Bien qu’Hippocrate lui-même conseillât de jeûner, qu’en est-il de cette pratique ? Comment jeûner et à quel moment ? Quelles sont les contrindications ? Ces restrictions sont-elles vraiment bonnes pour notre organisme ? Y a-t-il un danger à le pratiquer en autonomie, sans encadrement médical ?

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Le jeûne est une pratique répandue dans les anciennes traditions orientales d’ascétisme.

I- Un peu de théorie

Que ce passe-t-il dans notre corps ?

Lorsque notre corps est privé d’aliments pendant plusieurs jours à plusieurs semaines, notre corps fait face à ce manque de carburant. Il peut continuer à fonctionner en puisant dans les ressources dont il dispose.

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On distingue 3 phases :

– le premier jour (phase glucidique), l’organisme utilise le glucose disponible directement dans le sang puis pioche dans le glycogène du foie et du muscle.

dès le deuxième jour, les réserves en glucose et en glycogène sont épuisées. Il puise alors dans le tissu adipeux pour l’énergie et dans les muscles pour reformer du glucose par la néoglucogenèse. Les protéines musculaires sont les premières à être utilisées : cela affaiblit l’organisme.

après le 5ème jour, le corps commence à épargner les protéines : le foie et les reins forment les corps cétoniques grâce à la cétogenèse à partir du tissu adipeux. Ils seront utilisés à la place du glucose.

Au delà d’un certain nombres de jours, le jeûne peut entrainer des troubles neurologiques et défaillances d’organes. Certains nutriments essentiels ne sont pas présent sous forme de réserve dans les tissus et ne sont plus apportés par l’alimentation (vitamines B et C). Le manque de nutriments peut ainsi altérer les organes et les fatiguer de façon plus ou moins subtile.

les différents types et degrés de jeûnes

– Le jeûne total

Seules les boissons acaloriques sont tolérées, toutes les nourritures sont interdites.

– Les jeûnes partiels à base de jus, tisanes, bouillons, liquides comme la cure de jus (méthode Buchinger) ou de petit lait

Elle consiste à apporter au corps de petites quantités de calories, mais aussi de vitamines et de sels minéraux sous forme de bouillon de légumes et de jus de fruits. Docteur Buchinger est un médecin qui a vécu le jeûne et a souhaiter proposer cette approche thérapeutique aux personnes malades. Cette méthode associe aux bouillons de légumes et jus de fruits, l’homéopathie, la gymnastique et la randonnée.

– Le jeûne alterné ou intermittent

Consommer un repas tous les 12h ou toutes les 36h. (exemple : le ramadan qui est aussi un jeûne avec absence d’hydratation). La journée peut être découpée en 16h de jeûne et 8h pendant lesquelles l’alimentation est autorisée.  Les périodes de jeûne sont donc alternées avec celles où on mange à satiété.

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Ainsi entre l’alimentation normale et le jeûne total, il existe plein de paliers : détox végétale, monodiète, diète gourmande et j’en passe. Cela permet d’adapter cette période répondant à une volonté d’épuration de l’organisme à ce que la personne est en mesure de vivre. Certains ne sont parfois pas prêts à jeûner (stress, fatigue …). Un monodiète est alors beaucoup plus adaptée, selon monsieur Uhl, naturopathe. Cela permet d’individualiser la cure à chacun. De plus, il peut être ou non associé à

– une phase préparatoire et de reprise progressive de l’alimentation

– une supervision médicale

– du repos ou à de l’activité physique

– des soins.

II- Visées thérapeutiques ou pratique néfaste ?

Contrairement à des croyances répandues, le jeûne de fait pas encore consensus dans la communauté scientifique. Bien que des espoirs et théories soient d’actualité, le jeûne reste une pratique surtout limitée à la dimension spirituelle et psychologique. Certains attribuent des vertus thérapeutiques au jeûne sous contrôle médical, cependant pour le moment ces posologies ne sont proposées qu’en Europe de l’Est (Méthode Buchinger) et dans certaines associations. Les stages de jeûne supervisé médicalement sont proposés dans :

– l’association Kousmine (personnes en bonne santé, contrindiqué en cas de grossesse, allaitement, maladie traitée par médicaments et dépendance grace.

– l’association Terre du Ciel (méthode Buchinger, pour personnes en bonne santé physique et émotionnelle)

– l’association jeûne et randonnée propose une liste de médecins adeptes du jeûne.

a) Dans quels buts pratiquer le jeûne

« Plus vous nourrissez le malade, plus vous lui nuisez. » Hippocrate

Une démarche spirituelle

Le jeûne est souvent vu comme l’occasion de faire une pause dans le quotidien et de s’inscrire dans une démarche spirituelle et de bien être. C’est souvent ce que recherchent des personnes devant prendre une décision et pour lesquelles c’est le moment de faire table rase du passé. Le jeûne est l’occasion de se retirer de la vie de tous les jours, car manger fait partie de la vie de tous les jours. Cela laisserait de l’espace au corps et au cerveau pour se poser les bonnes questions.

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Le jeûne thérapeutique

Le plus souvent, les naturopathes et hygiénistes ne préconisent pas je jeûne à titre thérapeutique mais plutôt à titre préventif ou pour permettre à l’organisme d’être capable de s’auto-guérir.

Cependant, d’autres approches présentent des indications à la fois à visée préventive ET thérapeutique. C’est le cas de la clinique Buchinger, qui l’indique dans les cas suivants :

– A titre préventif : surpoids, hyperlipidémie, hypercholestérolémie, hyperuricémie, diabète de type 2, stress, hypertension, tabagisme.

– à titre thérapeutique : MCV, maladies du dos et des articulations (arthrose, arthrite, polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante), maladies du tube digestif (inflammation intestinale chronique, colite, gastrite, constipation chronique), pathologies diverses (épuisement, dépression, fatigue, infections répétées, migraines, allergies, urticaire, troubles de la fertilité, glaucome …)

Quelques études sélectionnées et étudiée par l’INSERM se sont vues accorder du crédit quant aux données qu’elles ont réuni, avec néanmoins des critiques au sujet de la façon dont elles ont été menées. Elles vont plutôt dans le sens de l’utilité du jeûne sur les maladies chroniques.

douleurs chroniques polyarthrite rhumatoïde et fibromyalgie fatigue chronique dermatite atopique troubles digestifs fonctionnels
amélioration de l’humeur réduction de la douleur et de la raideur lors de jeûnes partiels associés à des lavements/purges suivis de régimes végétalien ou lactovégétalien, persistant après un an de suivi, selon des indices cliniques et biologiques allié à une thérapie cognitivo-comportementale, le jeûne pourrait être une source d’amélioration. Cependant l’étude n’était pas suffisamment contrôlée le jeûne partiel intermittent améliore les symptômes cliniques.

 

réduction de la douleur abdominale, des diarrhées, nausées et de l’anxiété avec réduction significative de la consommation de médicaments.
Hypertension artérielle marqueurs du risque cardiovasculaire obésité effets secondaires de la chimiothérapie sommeil
normalisation des chiffres tensionnels (mais pas de données sur le long terme) réduction possible mais effet rebond lors de la reprise de l’alimentation effet à court terme ne se maintenant pas dans le temps pratique faisable et sûre

réduction des symptômes

amélioration objective de la qualité et de la durée

De nombreux biais méthodologiques limitent la validité de ces études avec en tout premier lieu l’impossibilité d’effectuer des études en double aveugle.
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On voit que l’obésité ne peut être durablement traitée par le jeûne. En effet, le jeûne n’est pas une bonne technique pour maigrir. Bien que la perte de poids soit spectaculaire, elle n’est pas uniquement graisseuse : on perd aussi du muscle, voire même de l’os.

C’est principalement au moment de la réalimentation que les choses se compliquent. Elle doit être très progressive. Même dans le cas où elle est bien effectuée, ce n’est pas dit que la personne garde un poids stable. Avec la forte dimension restrictive, la tendance à se ruer sur la nourriture (tant pour la personne que pour son organisme) à la sortie du jeûne est forte.

b) Quand le jeûne est-il déconseillé ?

Selon l’ANSES, des risques peuvent être associés au déficit en macronutriments et/ou en micronutriments :

– accidents de mort subite par troubles du rythme cardiaque (risque élevé d’hypokaliémie ou au moment de la réalimentation)

– anémie

– inflammations et fibroses hépatiques et portales modérées ainsi que calculs biliaires

– augmentation de la libération des polluants organiques persistants logés gans le tissus adipeux (perturbateurs endocriniens)

– réduction du capital osseux

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Le jeûne est fortement déconseillé aux :

femmes enceintes ou allaitantes (ralentissement de la croissance fœtale, fausses couches, prématurité, diminution de la valeur nutritionnelle du lait)

enfants et adolescents (ralentissement de la croissance, aménorrhées, tendinites et déminéralisations osseuses)

personnes âgées (arythmie cardiaque, risque de récidives des tumeurs colorectales, escarres, perte de masse musculaire et déminéralisation osseuse)

personnes cachectiques, anorexiques ou pré-anorexiques à faibles IMC (risques de décompensation anorexiques)

– …

Chez la femme sportive, un déficit énergétique peut être lié à des troubles du cycle menstruel. L’aménorrhée s’accompagne d’une carence oestrogénique induisant une perte osseuse identique à celle observée chez la femme ménopausée (réduction de la densité minérale osseuse). Cependant, l’impact du jeûne sur la performance sportive serait très faible.

c) Attention aux pratiques sectaires

On trouve de tout dans ce domaine : charlatans, sectes, purifications … Les centres dédiés à la pratique du jeûne ne sont pas toujours supervisés par des médecins ou les encadrants peuvent avoir des connaissances limitées voire mensongères.

Attention donc à bien choisir le lieu et les personnes encadrant le jeûne.

Alix Le Calvez Nutitionniste

III- Conseils pratiques : une bonne organisation est la clé de la réussite.

Si on décide d’entreprendre un jeûne, il faudra être bien conscient des risques et des bénéfices que l’on encourt.

Voici un petit parcours d’étapes à respecter pour un jeûne en toute sécurité

1) Avant le jeûne

Consulter son médecin

Organisez un entretien avec votre médecin en précisant que vous souhaiter jeûner et vérifier que vous pouvez le faire. En fonction de votre état de santé, celui-ci décidera si c’est une bonne décision.

Se mettre en de bonnes conditions

Réservez un séjour dans un centre médicalisé ou dans un lieu spécialisé en fonction de vos attentes. L’effet de groupe permet d’avoir plus de motivation pendant ces diètes. Il est d’une grande aide pour réussir à mener à bien ce jeûne, partager ses impressions, retrouver aussi la confiance en soi.

De plus, l’environnement est très important car votre sensibilité sera décuplée. Mettez vos affaires en ordre de façon à libérer votre esprit des préoccupations habituelles et préparez-vous à faire un break dans votre travail le temps de votre jeûne.

Déterminer la durée et le type de jeûne que l’on souhaite pratiquer

Déterminez cela en fonction de votre état actuel, si possible en collaboration avec votre médecin et/ou un naturopathe. Le jeûne avec des jus et bouillons permet d’apporter des micronutriments et des micronutriments, au contraire un jeûne à l’eau, par exemple.

Prévenir son entourage

Il faut tout d’abord prévenir vos proches que vous allez effectuer un jeûne et que vous ne souhaitez pas être dérangé pendant les jours qui viendront.

Prévoir assez de boissons, jus, tisanes, eau  …

Pendant les premiers jours, le jeûne peut être assez éprouvant. Il vous faut donc prévoir suffisamment de réserves de boissons pour les premiers jours.

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2) Pendant le jeûne

Réduire progressivement son alimentation. Il est important d’avoir une alimentation équilibrée pendant cette phase.

Il est meilleur pour votre corps d’effectuer des paliers pendant environ une semaine et d’arrêter progressivement la consommation des aliments suivants :

– produits animaux (viande, poisson, oeufs, fruits de mer, produits laitiers)

– excitants, produits sucrés, graisses cuites et huiles

– huiles végétales crues et oléagineux

– céréales cuites

– mélanges de céréales et fruits et légumes cuits

– fruits et légumes crus

Au cœur du jeûne

Les premiers jours sont plus difficiles, mais très vite le corps s’adapte. La faim est très peu ressentie. On peut avoir la sensation de tête en coton, des mauvais goûts qui viennent en bouche, des sensations étranges, mal au cœur, mal au crâne et une terrible faiblesse pendant quelques jours. C’est au 5ème jour que l’on sent une amélioration. Enfin, au bout d’une semaine on se sent bien. C’est pour cela que le jeûne est tant apprécié.

Pensez à bien vous hydrater. Attention à ne pas consommer trop de caféine. Ne pas consommer de soda. Si vous le souhaitez, cumulez votre jeûne avec des boissons « détox » qui soulagent le foie par exemple (cholérétiques) comme la chrysanthème, l’artichaut …

Dormez suffisamment et prenez soin de vous : le jeûne demande de puiser dans ses réserves énergétiques. Il faut donc se ménager des temps de sommeil suffisants pour lui permettre de se ressourcer.

Vous pouvez faire de l’exercice : pratiquer des activités sportives peu intenses (comme la marche) pourrait aider l’organisme à éliminer les toxines ; cela si possible une demi-heure à une heure par jour. Restez à l’écoute de votre corps et trouvez votre rythme.

3) Achever son jeûne

Pour la réalimentation, les paliers sont les mêmes que ceux qui ont précédé le jeûne, mais dans l’ordre inverse. On retrouve un meilleur contact avec les appétits spécifiques et les sensations alimentaires. Attention à ne pas dépasser la satiété et par là-même, vos limites. En effet, au début, l’organisme ne supporte que de petites quantités de nourriture. Si un jeûne dépasse la capacité individuelle de contrôle, la reprise alimentaire peut s’accompagner d’accès boulimiques. C’est pour cela qu’il faut bien respecter les paliers de réalimentation.

Conclusion

Le jeûne est ainsi une pratique extrême et controversée. Elle s’oppose à l’approche par les sensations alimentaires, de part son côté très monolithique. On s’aperçoit néanmoins qu’il peut se solder par une amélioration de l’humeur, du sommeil et de pathologies chroniques.

On peut se demander si le jeûne est réellement la meilleure solution. Les améliorations observées ont souvent comme origine une alimentation déséquilibrée et trop abondante en dehors des périodes de jeûne.

Selon le docteur Laurence Plumey, médecin nutritionniste, il faut privilégier le bon sens alimentaire. Un jeûne est synonyme de stress pour l’organisme. Outre les carences, le jeûne a la fâcheuse tendance de provoquer l’effet yoyo, à savoir l’alternance de pénuries et d’excès. en effet, quand on mobiliser un tissu adipeux, on suractive tous les mécanismes de réserves pour revenir à son état initial.

Le jeûne semble donc être une solution à court terme pour améliorer certains symptômes de pathologies chroniques, mais surtout pas de les guérir …

Une étude a en effet démontré qu’une réduction de 30% de l’apport calorique améliorerait la longévité.  Et si la solution était tout simplement de manger mieux et moins, sur du long terme ?

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Bibliographie

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