Le SUCRE : une DROGUE ??

Le sucre, nous en consommons tous mais dans des quantités différentes ! À notre époque, nous consommons 35 fois plus que nos ancêtres vivant en 1850. C’est beaucoup et ce n’est pas sans effets.

NB : Je vous renvoie à mon précédent article pour savoir plus les effets du sucre sur le corps.

Alix Le Calvez Nutritionniste Lyon DiététicienneMaintenant, intéressons-nous au cerveau, et comparons le mode d’action des drogues et du sucre sur le cerveau !

Qu’est-ce qu’une drogue ?

Le concept de drogue est malheureusement assez flou et les définitions varient en fonction des contextes, organismes, dictionnaires et sites internet…

Selon l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies, une drogue est :

« un produit psychoactif naturel ou synthétique, utilisé par une personne en vue de modifier son état de conscience ou d’améliorer ses performances, ayant un potentiel d’usage nocif, d’abus ou de dépendance et dont l’usage peut être légal ou non. »

Quant à L »académie Nationale de Médecine, elle déclare en 2006 qu’une drogue est :

« une substance naturelle ou de synthèse dont les effets psychotropes suscitent des sensations apparentées au plaisir, incitant à un usage répétitif qui conduit à instaurer la permanence de cet effet et à prévenir les troubles psychiques (dépendance psychique) voire même physiques (dépendance physique), survenant à l’arrêt de cette consommation qui, de ce fait, s’est muée en besoin.
A un certain degré, ce besoin correspond à un asservissement (une addiction) à la substance ; le drogué ou toxicomane concentre alors sur elle ses préoccupations en négligeant les conséquences sanitaires et sociales de sa consommation compulsive.
En aucun cas, le mot drogue ne doit être utilisé au sens de médicament ou de substance pharmacologiquement active. »

Nous retiendrons donc qu’une drogue :

  • ✔  apporte du plaisir,
  • ✔  peut conduire à un usage répétitif pour renouveler ces sensations,
  • ✔  est une substance sans laquelle on finit par se sentir mal (notion de besoin),
  • ✔  peut conduire à la consommer de façon compulsive, même en ayant conscience des conséquences.Cette définition est donc orientée dans le sens de l’addiction.Le sucre peut donc s’apparenter à une drogue, bien que ce ne soit pas une substance étrangère à l’organisme et que l’arrêt de sa consommation n’entraîne pas de symptômes physiques apparents.
    En effet il peut provoquer un plaisir que l’on peut chercher à renouveler de façon compulsive. Cette recherche compulsive caractéristique de l’addiction correspond à un dysfonctionnement du circuit de la récompense.

➢ Comment les drogues de type stupéfiants agissent sur les neurones.

Tout comme le sucre, les drogues entraînent une augmentation d’un neuromédiateur, la dopamine, dans le cerveau.
Et il est maintenant établi que tous les produits déclenchant la dépendance chez l’homme augmentent la libération de dopamine, dans une zone précise du cerveau : le noyau accumbens.

La dopamine est un neurotransmetteur, c’est à dire une molécule chargée de transmettre l’information entre les neurones.

Dans le processus d’une addiction, la dopamine est un neuromédiateur du plaisir et de la récompense, que le cerveau libère lors d’une expérience qu’il juge bénéfique.

Cependant, toutes les drogues ne provoquent pas de la même façon l’élévation du taux de dopamine dans le cerveau :

  • ✔  Certaines drogues imitent les neuromédiateurs naturels et se substituent à eux dans les récepteurs, alors qu’elles circulent dans le sang (morphine, nicotine).
  • ✔  Certaines substances augmentent l’action d’un neuromédiateur naturel (exemple : la cocaïne).
  • ✔  Certaines drogues bloquent l’action d’un neuromédiateur naturel.

Alix Le Calvez nutrition diététique Lyon

Le mode d’action du sucre se rapprocherait donc plus de celle de la cocaïne car il permet d’augmenter la libération de dopamine.

Mais …

1- À la différence des drogues, le sucre a un rôle énergétique.
2- De plus, il n’a pas d’action directe au niveau des synapses, au contraire de la cocaïne, qui inhibe la recapture de la dopamine et donc augmente l’intensité du signal synaptique.

Le sucre agit naturellement sur le cerveau par des voies dites naturelles, partant des bourgeons du goût.

b) Le circuit de la récompense : l’effet des drogues sur le cerveau comparé à celui du sucre

Le goût sucré est inné chez l’homme. Dès la grossesse, à partir d’environ 4 mois, l’embryon réagit déjà avec plaisir au goût sucré. D’après certaines études récentes, l’ingestion de sucre serait même susceptible de faire sourire !

Alix Le Calvez NutritionDiététique Lyon

➢ Les aliments au goût sucré activent le circuit de la récompense

Au niveau de la langue, les neurotransmetteurs libérés par les bourgeons du goût, dans les neurones gustatifs, sont à l’origine d’informations transmises au cerveau par trois nerfs crâniens gustatifs qui permettent d’activer, via le Ganglion de Gasser dans le tronc cérébral, le thalamus, qui lui-même permet de déclencher la sensation de plaisir.

Le noyau accumbens, situé à la base sur cerveau, au dessus de l’amygdale a lui aussi pour fonction de susciter le plaisir gustatif.

Le goût sucré agit donc par le nerf glosso-pharyngien en stimulant le circuit de la récompense via la dopamine, qui va permettre de libérer de la sérotonine.

Ce plaisir alimentaire, par exemple l’ingestion d’aliments sucrés, active des circuits neuronaux situés dans le striatum (zone en-dessous du cortex, reliée aux noyaux gris centraux des ganglions de la base).

Divisible en deux parties, le striatum est constitué :
✔ du striatum ventral, à l’origine de la perception du plaisir ou de la récompense

obtenue avec des aliments sucrés ou gras,
✔ du striatum dorsal, permettant la reconnaissance de la valeur nutritive et calorique des aliments.
Ces deux réseaux impliquent les mêmes types de neurones, à savoir les neurones dopaminergiques.

Concernant le striatum ventral, une étude réalisée sur des souris a montré que la quantité de dopamine libérée par cette région du cerveau augmente de la même manière en réponse à l’ingestion de sucre et d’édulcorant, en réponse à l’activation des récepteurs T1R.
Les circuits neuronaux du striatum ventral ne font pas la distinction entre l’ingestion calorique et non calorique : la dopamine est libérée en réponse à une simple ingestion sucrée.

Vous êtes un peu perdus ? C’est normal ! Voici une vidéo qui récapitule l’essentiel !

Le circuit de la récompense est à la base d’un certain nombre de nos comportements. Il s’agit d’un circuit dit « de renforcement positif » car il fournit la motivation nécessaire à la réalisation d’actions ou de comportements adaptés, permettant de préserver l’individu et l’espèce (recherche de nourriture, reproduction, évitement des dangers…).

Le système de renforcement est constitué de trois composantes :

  • affective : plaisir dû aux récompenses,
  • motivationnelle : motivation pour obtenir la récompense ou éviter la punition,
  • cognitive:apprentissagesréalisésparconditionnement.

Ainsi, il est tout à fait normal de ressentir du plaisir lorsqu’on mange du sucre, car celui-ci active le circuit de la récompense. En effet, il fut un temps où manger du sucre dès qu’on le pouvait permettait d’améliorer la survie de l’individu et donc de l’espèce.

L’addiction, synonyme de dépendance, survient au moment où le circuit de la récompense est défaillant, dérégulé.
La consommation de produits sucrés agit sur les mêmes régions du cerveau que de nombreuses drogues. Cela apporte du plaisir, apaise et donne envie d’y revenir.

Paradoxalement, la libération de dopamine peut aussi intervenir sans consommation, mais par un simple stimulus (odeur, vue, sensation).
L’apprentissage des signaux annonciateurs de la récompense conduit à anticiper et rechercher la récompense. En absence de la récompense attendue, la libération de dopamine s’arrête : c’est le manque ou « craving ».

A la différence de certaines drogues, le sucre n’agit pas directement sur le circuit de la récompense en entraînant la libération de dopamine, mais au niveau des bourgeons du goût.

➢ Dysfonctions du circuit de la récompense et addictions

Il existe différents stades de dépendance.
Dans un premier temps, l’individu conserve sa capacité à reconnaître des réponses variées, autres que celles concernant la substance considérée. Il n’y a alors que peu de risques de « tomber » dans une addiction.
À l’inverse, dans le cas où l’individu décide de diminuer sa consommation de sucre sans y parvenir, on peut parler d’une addiction.

Selon une étude d’addictologie, lorsque des rats subissent un régime riche en sucre pendant plusieurs semaines, ils présenteraient un syndrome de manque au moment du sevrage : états d’anxiété (augmentation de la sécrétion de neuropeptides du stress dans l’amygdale) et chute de la dopamine dans le striatum ventral.

La stimulation permanente des neurones dopaminergiques pourrait physiologiquement entraîner un mécanisme de rééquilibrage des stimulations neuronales. Celui-ci conduit à une diminution de l’expression des récepteurs à la dopamine à la surface des membranes post- synaptiques et ainsi à la nécessité d’augmenter les doses pour obtenir la même sensation de plaisir. Ainsi, en cas d’abstinence, les « petits plaisirs » ne suffisent plus à la stimulation normale et il y a un manque de dopamine.

Finalement, plusieurs indices permettraient de conclure que le sucre agit comme une simili- drogue sur l’organisme.

Alix Le Calvez Diététicienne Comportementale

Auparavant, l’homme ne trouvait pas de sucre à volonté dans son environnement, ce qui permettait au circuit de la récompense de ne pas être stimulé de façon trop régulière par l’anticipation de ce plaisir sucré.
Aujourd’hui, certaines personnes peuvent ainsi devenir accro au goût sucré et développer un comportement addictif de par l’omniprésence du sucre dans l’environnement : consommer plus qu’elles l’avaient décidé au départ, désirer s’abstenir et ne pas y parvenir, malgré la conscience des conséquences sur la santé.

En définitive, c’est la déviation du circuit de la récompense dans le sens de l’addiction qui pourrait apparenter le sucre à une drogue. D’ailleurs, ce n’est pas rare que les addictologues se voient confier des patients atteints d’une addiction au sucre.

c) Autres mécanismes pouvant être impliqués dans la consommation compulsive de sucre

Selon Valérie Espinasse, d’autres facteurs pourraient être liés à la consommation compulsive de sucre. Dans son livre « j’arrête le sucre », elle décrit trois profils de mangeurs de sucre :

  •  le profil émotionnel,
  •  le profil hormonal,
  •  le profil digestif.

➢ Le profil émotionnel

Ces personnes consomment du sucre de façon compulsive, boulimique. Elles ont besoin de sucre pour se remplir. Cet appel du sucre serait toujours en rapport avec une situation stressante plus ou moins intense et s’effectuerait plutôt le soir, après 17h.
Mme Espinasse évoque le rôle du cortisol, hormone du stress, sécrété alors en excès par les glandes surrénales. Le taux anormalement élevé de cortisol aura un effet de réduction d’effet des autres neuromédiateurs, dont les taux diminuent.

La baisse des taux de dopamine et sérotonine poussent ainsi l’individu à rechercher du réconfort dans le goût sucré.

➢ le profil hormonal

Il est caractéristique des femmes, qui souffrent du syndrome prémenstruel : la chute brutale de la progestérone et l’hyperœstrogènie relative qui accompagnent la fin d’un cycle et présagent le début des menstruations.
Cette chute hormonale entraînerait une diminution de la glycémie, une réduction de la sécrétion de neuromédiateurs (sérotonine, dopamine) et l’envie de manger du sucre.

Ceci peut aussi se produire au moment de la ménopause.

➢ Le profil digestif

Ces personnes sont capables de faire des repas exclusivement sucrés. Elles aiment tous les types de sucres et peuvent grignoter en permanence.
Dans ce cas, la flore intestinale pourrait être mise en cause : un déséquilibre de cette flore peut ainsi faire le nid d’un candida albicans.

Cet organisme, entre la levure et le champignon, influencerait le comportement alimentaire vers des envies répétées de sucré.

Les individus ayant ce profil souffriraient d’un transit altéré, de fatigue chronique et de mycoses récidivantes.

Les hypothèses d’Espinasse ne sont malheureusement pas encore validées par des études cliniques. Elles ont néanmoins le mérite d’ouvrir de nouvelles perspectives dans la surconsommation de sucres et son traitement.

 

Un petit approfondissement en vidéo, à la façon américaine. attention à ne pas prendre les choses au pied de la lettre.

Rappelons que généralement, c’est la dose qui fait le poison. Imaginez manger 4 kilo de carotte par jour. Vous allez finir par avoir des problèmes de santé dus à un excès de vitamine A, de fibre … Vous allez avoir des problèmes de digestion … Il est presque possible de reproduire le raisonnement avec n’importe quel aliment, même l’eau.

 

A bon entendeur !

Une réflexion sur “Le SUCRE : une DROGUE ??

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